À qui appartient vraiment une servitude de propriété ?

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votant ) Tout va bien jusqu’au jour où vous commencez à douter de votre droit à votre voisin. Sauf si c’est lui qui semble empiéter sur vos parterres de fleurs ! Et ici, vous êtes immergé dans la législation pour savoir qui, de lui ou de vous, a raison. Pas toujours facile de tout comprendre…

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Si les servitudes de propriété restent souvent un mystère tant qu’aucun conflit n’éclate, quelques repères s’imposent pour éviter l’escalade. Voici un tour d’horizon des 7 servitudes les plus fréquentes, de quoi préserver la paix du quartier, et défendre vos droits si la situation se tend.

Qu’est-ce qu’une servitude ?

Une servitude correspond à une charge, parfois liée à une construction, parfois non, qui bénéficie à une propriété voisine. Elle facilite l’usage du bien (par exemple, le passage), protège la vie privée (vues, jours) ou encore améliore la jouissance des lieux. Ce qui frappe : la servitude est attachée au terrain, pas à la personne. Elle s’impose donc à chaque propriétaire successif, lors d’une vente ou d’un héritage.

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Mais elle n’est pas éternelle. Différents événements peuvent l’éteindre :

  • l’impossibilité d’en bénéficier en pratique,
  • la réunion des parcelles concernées,
  • une non-utilisation pendant 30 ans,
  • une modification par accord entre parties,
  • le départ du propriétaire bénéficiaire initial.

Quoi qu’il arrive, le bénéficiaire ne doit jamais dépasser ce qui lui est accordé, et le propriétaire sur qui pèse la servitude ne peut s’y opposer indûment.

La servitude de vue : préserver l’intimité

Protéger la vie privée du voisinage : c’est tout l’enjeu des règles sur les « vues » et « jours ».

En principe, on ne peut créer une « vue » sur la propriété voisine que si l’on respecte une distance minimale entre l’ouverture et la limite séparative : 1,90 mètre pour une vue droite, 0,60 mètre pour une vue oblique. Si vous voyez chez le voisin sans tourner la tête, c’est une vue droite. Si vous devez vous pencher ou tourner la tête, c’est une vue oblique.

Si l’ouverture ne s’ouvre pas et ne laisse passer que la lumière, on parle alors de jour. Dans ce cas, il doit être placé à 2,60 mètres du plancher pour un rez-de-chaussée, et 1,90 mètre pour un étage.

Votre voisin n’a pas respecté ces distances ? Sans accord écrit prévoyant une moindre distance, vous pouvez exiger la suppression de l’ouverture… mais dans la limite de 30 ans après sa création. Passé ce délai, il sera trop tard : la servitude de vue sera acquise définitivement.

Servitude de passage : quand la propriété est enclavée

Accéder à sa parcelle paraît évident, mais ce droit peut devenir source de tension. La servitude de passage, ou « droit de passage », permet à un propriétaire d’emprunter le terrain d’un voisin lorsque le sien est enclavé.

Pour les terrains sans accès direct à la voie publique, la loi impose le passage : le propriétaire isolé a le droit de traverser la propriété voisine pour rejoindre la route. Ce passage doit être le plus court et le moins gênant possible pour celui qui le subit. Passer le long d’une clôture plutôt qu’au beau milieu d’un jardin, par exemple. Si ce passage cause un préjudice, une indemnisation peut être prévue.

La mise en œuvre de ce droit peut naître d’un accord entre voisins, d’une décision de justice ou d’une prescription trentenaire. Il arrive aussi que le voisin s’enferme volontairement, par exemple en construisant un garage qui bloque l’accès : dans ce cas, il ne pourra pas réclamer le droit de passage pour contourner sa propre erreur.

Pour les terrains non enclavés, la création d’une servitude de passage doit être formalisée par un accord signé entre voisins, précisant l’emplacement et les modalités du passage. Ce droit peut disparaître si le passage n’est plus utilisé pendant 30 ans ou si un autre accès est créé.

Servitude de tour d’échelle : travaux et voisinage

La servitude dite « tour d’échelle » autorise, de façon temporaire, un propriétaire à accéder à la propriété voisine pour effectuer des travaux d’entretien ou de réparation sur son propre bâtiment : poser une échelle, installer un échafaudage, repeindre une façade…

Ce droit n’est pas inscrit noir sur blanc dans le Code civil. Les juges l’admettent cependant sous conditions : les travaux doivent être nécessaires à la conservation du bâtiment et ne pas concerner la construction d’un édifice neuf. Voici ce que cela implique :

  • Les travaux doivent être indispensables à l’entretien ou à la réparation d’un bien existant,
  • Ils ne doivent pas viser à édifier un nouvel ouvrage.

L’idéal reste de trouver un accord amiable avec le voisin, quitte à prévoir une compensation pour d’éventuels dégâts. Si le dialogue échoue, il faudra saisir le juge afin d’obtenir un droit temporaire de passage. Refuser systématiquement cette servitude peut être considéré comme abusif.

Distances de plantation : arbres et voisinage

En matière de plantations, la loi encadre strictement les distances. Un arbre de plus de 2 mètres de haut doit être planté à plus de 2 mètres de la limite séparative. Pour les haies ou arbustes de moins de 2 mètres, la distance minimale est de 50 centimètres. Mais attention, il faudra éviter qu’un arbuste planté trop près ne dépasse la hauteur autorisée avec le temps ! La mesure s’effectue depuis le centre du tronc jusqu’à la limite du terrain.

Un arbre planté trop près ? Le voisin peut réclamer son arrachage ou sa taille, dans un délai de 30 ans. Passé ce délai, l’arbre pourra rester en place.

À noter : si les branches de l’arbre du voisin dépassent chez vous, il doit les couper à sa charge. En revanche, pour les racines qui s’étendent sur votre terrain, c’est à vous d’en faire l’entretien. Si elles causent des dégâts, une indemnisation peut être demandée. Quant aux fruits tombés dans votre jardin, ils vous reviennent, mais il est interdit de les cueillir directement sur l’arbre du voisin.

Avant toute décision, il peut être pertinent de vérifier auprès de la mairie s’il existe un règlement local spécifique sur la question.

Servitude de puisage : partager l’eau

Autre cas : la servitude de puisage. Ici, un propriétaire peut utiliser un puits, une fontaine ou un robinet implanté sur le terrain voisin, selon les termes d’un accord existant. Comme pour les autres, cette servitude reste attachée au terrain, même en cas de vente ou d’héritage.

La servitude de puisage va parfois de pair avec un droit de passage, permettant de faire passer une canalisation sous le terrain voisin pour alimenter sa propre propriété. Selon la jurisprudence, à défaut de restriction dans l’accord initial, ce passage de canalisation ne constitue pas une aggravation de la servitude.

Servitude d’écoulement des eaux : la pente impose sa loi

Cette servitude découle directement de la configuration naturelle des terrains. Le propriétaire situé plus bas doit accepter l’écoulement des eaux de pluie ou de fonte de neige provenant du terrain supérieur, sans pouvoir s’y opposer, même si cela cause des désagréments. Il peut toutefois aménager son terrain pour limiter la gêne, tant que cela ne nuit pas à l’écoulement naturel.

Attention : cette servitude ne s’applique pas aux eaux usées, ni au rejet direct de l’eau d’une piscine. Quant aux eaux de toiture, elles doivent s’écouler sur le sol du propriétaire, sans être dirigées directement sur le terrain voisin.

Mitoyenneté : la clôture à deux

Si la mitoyenneté ne relève pas stricto sensu du régime des servitudes, elle revient souvent dans les discussions entre voisins. Elle s’applique à la clôture séparant deux propriétés privées : chaque propriétaire dispose des mêmes droits sur le mur ou la haie séparative, à condition de respecter le droit de l’autre et de ne pas lui nuire. L’entretien et les frais correspondants sont partagés à parts égales.

Un dernier point à ne pas négliger : si vous envisagez d’acheter un bien, assurez-vous de connaître précisément les servitudes qui le concernent. Ce simple réflexe pourrait vous épargner bien des surprises lors de la prise de possession.

Au bout du compte, mieux vaut connaître ces règles que de les découvrir le jour où un conflit éclate. Parfois, une servitude bien comprise vaut tous les pactes de bon voisinage.